Sophia, le premier robot citoyen d’un Etat

Sophia est le nom qui a été donné au robot d’apparence humaine et féminine conçu par le Docteur David Hanson dans le cadre des activités de sa société Hanson Robotics et activé le 19 avril 2015. L’objectif de son créateur est de produire des robots qui seraient en mesure de développer une intelligence supérieure à celle de l’être humain, notamment en faisant en sorte qu’ils aient la faculté d’apprendre la créativité, l’empathie et la compassion.

Créée sur le modèle de l’actrice britannique Audrey Hepburn avec laquelle la ressemblance est surprenante, Sophia est présentée comme le robot le plus avancé de la société Hanson Robotics, bien que celle-ci n’en soit pas à son coup d’essai. On peut en effet citer les robots Jules, avec lequel il est possible d’avoir une discussion « naturelle et interactive », ou encore Philipp K. Dick Android financé par la National Science Foudation des Etats-Unis ainsi que par la ville de Hong-Kong dans l’objectif d’acquérir des compétences de créativité et de savoir largement supérieures à celles que peuvent atteindre l’esprit humain. Au total, Hanson Robotics a déjà présenté neuf robots[i].

Toutefois, il est vrai que Sophia a été le plus médiatisé d’entre tous, notamment suite à son accès à la citoyenneté de l’Etat d’Arabie Saoudite. D’après Hanson Robotics, elle aurait déjà démontré ses capacités à intervenir dans le monde des affaires en rencontrant des acteurs décisionnaires de la banque ou encore des médias et des divertissements[ii]. De plus, elle est capable de mimer plus de 62 expressions faciales, et sa voix et sa manière de parler reposent sur la reconnaissance vocale de l’entreprise Alphabet, maison-mère de Google[iii].

C’est le 25 octobre 2017, lors du Future Investment Initiative de Riyad, que Sophia s’est vue reconnaître la citoyenneté saoudienne. Cet événement est financé par le Fonds d’investissement public d’Arabie Saoudite et se présente comme le nouvel événement à suivre en ce qui concerne les investissements mondiaux en matière d’innovation technologique, son objectif étant de mettre en lien les acteurs principaux de ce domaine, qu’il s’agisse de chefs d’entreprises ou de leaders d’opinion[iv]. Dans une conférence dont la vidéo a atteint près de deux millions et demi de vues sur Youtube, le robot se dit « très honoré » de recevoir cette distinction, une première dans l’histoire de l’Humanité et de la robotique.

Néanmoins, une grande partie des commentateurs de cette situation se disent dubitatifs quant aux avancées concrètes de la reconnaissance de cette citoyenneté à Sophia et émettent des réserves par rapport aux droits qui sont concrètement conférés à ce robot, à la véracité de cette citoyenneté voire même aux réelles capacités de l’intelligence artificielle dont est pourvue Sophia.

Ainsi, Laurence Devillers, professeure d’informatique à Paris-Sorbonne et directrice de recherche au CNRS, estime que le pouvoir de l’intelligence artificielle est surrestimé en ce qu’il ne permet pas encore à un robot, même parlant, d’avoir conscience des mots qu’il prononce ni d’avoir une quelconque forme d’intuition qui laisserait penser qu’il est lui-même l’auteur de ses discours. D’après Laurence Devillers, l’empathie que les humains sont susceptibles d’avoir envers les robots humanoïdes ne provient justement que de la forme de ces robots, de leur apparence humaine. Il s’agirait ainsi d’anthropomorphisme: nous avons tendance, en tant qu’êtres humains, à accepter plus facilement la présence d’un robot dans notre quotidien s’il nous ressemble parfaitement. Dans le cas contraire, c’est-à-dire si un robot destiné à ressemble à l’Homme présente des aspects physiques différents de ceux de l’espèce humaine, ce robot nous apparaîtrait comme monstrueux, ce qui exclurait donc toute forme d’empathie à son égard. C’est le concept de « la vallée dérangeante » développé par le roboticien japonais Masahiro Mori dans un article publié dans le journal japonais Energy en 1970.

De plus Laurence Devillers explique que le statut de citoyen « implique un rôle actif à jouer dans la cité », ce qui ne peut être le cas en l’espèce en raison des considérations relatées précédemment.

D’autres réactions concernent les droits et devoirs qu’est sensé posséder le robot. En effet, il convient également de mettre en valeur les critiques survenues du fait qu’en tant que robot d’apparence féminine et d’origine étrangère, Sophia semble pourtant avoir d’ores et déjà plus de droits que peuvent pour l’instant en obtenir les femmes ou les étrangers en Arabie Saoudite, en étant présentée le visage dévoilée par exemple. Cependant, les autorités saoudiennes n’ont pas fait mention des attributs juridiques dont Sophia dispose grâce à sa nouvelle citoyenneté.

[i] http://www.hansonrobotics.com/

[ii] http://www.hansonrobotics.com/robot/sophia/

[iii] https://www.cnbc.com/2016/03/16/could-you-fall-in-love-with-this-robot.html

[iv] http://futureinvestmentinitiative.com/en/home

https://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/robot/ia-et-robot-citoyen-en-arabie-saoudite-un-bluff-dangereux-selon-laurence-devillers_117933
http://www.comp.dit.ie/dgordon/Courses/CaseStudies/CaseStudy3d.pdf

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